• L’ombre des Frères Musulmans (2011)

    Dans notre dernière chronique, nous avions fait part de notre scepticisme concernant l’éventualité d’une démocratie durable en Egypte.

    Aussi  allons  nous tâcher de justifier cette appréhension en évoquant le plus subtil renard islamiste, TARIK RAMADAN, petit fils du père des Frères musulmans, HASSAN EL BANA. Vivant en grande Bretagne comme un poisson dans l’eau où il enseigne dans une université, Tarik Ramadan est un Janus redoutable, spécialiste du double jeu, que Sophie Coignard, journaliste d’investigation du POINT avait  débusqué et dénoncé alors qu’il sévissait en  France, prêchant la djihad dans les banlieues et y suscitant un grand enthousiasme parmi les jeunes en y prônant un islam le plus pur et dur ainsi que la guerre contre l’Occident pourri. Découvert, il s’empressa de jurer qu’on ne l’avait pas compris et qu’il était le plus pacifique des chevaux de Troie incrusté en Occident pour le bien de la paix. Lors des incidents récents en Egypte, qualifiés de révolution laissant espérer la fin d’une dictature, ce renard interviewé par Saïd Marrane du POINT a osé prétendre que les Frères Musulmans n’étaient que de paisibles politiciens religieux impatients certes de promulguer la Charia… en prenant tout  leur temps.

    Aussi est il bon de préciser que ne reculant devant aucune violence  les frères musulmans ont assassiné en 1945 le premier ministre égyptien AHMED MAHER, puis  NOKRACHI PACHA en 1948. Devenus véritables épouvantails en Egypte, la police secrète supprime alors HASSAN EL BANA.

    En 1954, après avoir aidé NASSER et ANOUAR EL SADATE à chasser FAROUK du trône, ils tentent d’assassiner GAMAL ABDEL NASSER, provoquant des représailles sanglantes du raïs qui ne fait pas dans la dentelle selon une tradition arabe établie.

    Puis le 6 octobre 1981, un soldat membre des Frères Musulmans, dissimulé sous l’étiquette d’un groupuscule s’intitulant la DJIHAD ISLAMIYA, assassine ANOUAR EL SADATE au cours d’une parade militaire. Provoquant l’interdiction de leur mouvement, ce qui ne les empêche pas de participer aux élections de 2005 sous l’étiquette d’INDEPENDANTS, remportant un cinquième des sièges !  et déclarant renoncer à la violence...

    Selon l’anthropologue bien connu  des religions, spécialiste de l’islam MALEK CHEBEL que je cite : « La confrérie est très puissante en Egypte, où elle est un Etat invisible, ce mouvement est sans conteste la première force politique, bien qu’il n’ait jamais gouverné. Or, si des élections anticipées sont organisées en Egypte dans le courant de l’année, il n’y a aucun doute possible que les frères Musulmans les remportent haut la main.

    La désespérance des Egyptiens est si grande qu’il n’y a que le ciel, avec sa manne miraculeuse pour l’apaiser. » Quelques soient les solutions  qui seront adoptées, Malek Chebel poursuit : « A tous les coups, les islamistes qui se voient comme un recours naturel- quasi incontournable- gagneront sur la MOYENNE et LONGUE DUREE et tout pourrissement de la situation nourrira encore plus leur rêve d’atteindre le sommet de l’Etat. »

    Evidemment, demeure l’énigme de l’armée après le départ de celui qu’elle considère comme un chef prestigieux… « Le vice des Etats insurrectionnels étant ce qu’il est, même une solution vertueuse sera vue comme une victoire pour les islamistes qui sont  crédités, à tort ou à raison, d’une telle sympathie dans les couches populaires.

    Dans l’immédiat, poursuit Malek Chebel, mon diagnostic est quand même réservé quant au succès islamiste, qui ne se produira que si la situation égyptienne virait au chaos. »

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